Grandeur nature
Peinture et photographie des paysages américains et canadiens de 1860 à 1918
Du 18 juin au 27 septembre 2009
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| Les chutes du Niagara, depuis la rive américaine |
Grandeur nature est la première exposition axée sur une exploration et une analyse de ce sujet. Elle apportera un éclairage inédit sur la peinture et la photographie de paysage durant la période qui se situe entre le début de la guerre de Sécession et la fin de la Première Guerre mondiale, une ère de transformation artistique et historique, coïncidant avec l’avancée vers l’ouest des deux pays. Près de 200 œuvres d’artistes américains et canadiens permettront de mieux comprendre les identités nationales et régionales de ces deux grands pays où la nature est omniprésente. Articulée autour de six thèmes, l’exposition se fonde sur des comparaisons et des similarités stylistiques tout en laissant apparaître des contrastes culturels révélateurs. Une scénographie et un catalogue « écodesign » novateurs proposeront une répartie contemporaine sur ce sujet. Après Montréal, l’exposition Grandeur nature sera présentée en octobre, à la Vancouver Art Gallery.
Grâce à la généreuse collaboration de collectionneurs privés et publics exceptionnels, à l’échelle internationale, nous pourrons présenter certaines œuvres parmi les plus remarquables de la peinture et de la photographie de paysage qui constituent l’héritage de ces deux nations. La peinture américaine sera représentée par des artistes comme Bierstadt, Chase, Church, Cropsey, Duncanson, Eakins, Hartley, Hassam, Heade, Homer, Inness, Kensett, Moran, O’Keeffe, Remington, Sargent et Twachtman, et la photographie par Coburn, Curtis, Jackson, Muybridge, O’Sullivan, Stieglitz, Steichen, Strand et Watkins entre autres. L’exposition comprendra également des œuvres magistrales de peintres canadiens comme Brymner, Carr, Cullen, Edson, Fraser, Gagnon, Harris, Jackson, Jacoby, Leduc, MacDonald, Milne, Morrice, Suzor-Coté, Thomson et Verner, de même que des œuvres de photographes comme Baltzly, Henderson et Notman. Bien que certains de ces artistes canadiens aient acquis une renommée internationale, d’autres, moins connus que leurs homologues américains, y seront aussi représentés. Ce déséquilibre sera également abordé dans l’exposition.
Le choix s’est arrêté sur la période de 1860 à 1918 parce qu’elle a été marquée par la guerre de Sécession – l’un des épisodes les plus traumatisants et les plus marquants de l’histoire des États-Unis (avec la perte de plus de 600 000 soldats) – et par la Confédération canadienne et l’émergence d’une communauté plus évoluée de peintres et de photographes. Elle se caractérise aussi par l’expansion vers l’ouest, jusqu’à la côte du Pacifique, de même que par le cautionnement d’une politique nationale transcontinentale dans les deux pays.
Aux États-Unis, l’expansion sur tout le continent nord-américain, jusqu’aux limites côtières, vers le nord et vers le sud de ses frontières existantes, a pris tout son sens dans le concept de « Destinée manifeste » qui a donné lieu, à partir de 1840, à une croissance rapide qui va durer jusqu’à la fin du siècle. Le concept fait référence au caractère divin de la mission dont le peuple américain se sentait investi, parce qu’il incarnait la démocratie et les vertus morales, au même titre que son gouvernement : fonder sous l’Union fédérale une entité politique et culturelle à la grandeur du continent. Bien que l’on puisse remonter aux écrivains et aux prédicateurs de la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle pour retracer les origines de « l’exceptionnalisme américain », ses répercussions sur le développement territorial appartiennent essentiellement au XIXe siècle.
Le Canada n’a pas connu de phénomène semblable à celui de la « Destinée manifeste ». Pourtant, l’histoire de la Confédération canadienne, son expansion vers l’ouest et l’unification déterminante des provinces grâce au chemin de fer du Canadien Pacifique ne peuvent être comprises sans tenir compte du voisin américain. La relation symbiotique avec les États-Unis a influencé le développement du Canada et l’évolution de son identité nationale, malgré des divisions internes sourdes − et parfois explosives − entre les communautés anglaise, française et métisse. Indépendamment des discours prononcés au Congrès et des articles publiés dans la presse américaine pressant les États-Unis, à différents moments au cours du siècle, d’intégrer le voisin canadien dans l’Union, ce sont des événements précis survenus au sud de la frontière qui ont motivé l’unification du Canada. La neutralité tendue du Canada lors de la guerre de Sécession, position que les Américains considéraient comme un parti pris en faveur du Sud sécessionniste, telle était d’ailleurs l’attitude adoptée par la Grande-Bretagne, a souvent mis en péril les relations commerciales entre les deux pays, et des incidents transfrontaliers ont animé les négociations sur l’unification tenues à Québec en 1864, puis les réunions qui ont mené au pacte confédératif de 1867. L’obsession des Américains de fermer aux Britanniques tout accès territorial aux ports nord-américains, atténuée par l’offre d’Ottawa de construire un chemin de fer transcontinental, a également joué un rôle en encourageant la Colombie-Britannique, de plus en plus isolée, à intégrer la Confédération en 1871. L’offre agressive que les États-Unis ont faite à la Compagnie de la Baie d’Hudson, dans la foulée de l’achat de l’Alaska, pour acquérir la Terre de Rupert – un territoire représentant le quart du continent nord-américain – n’a été refusée par la Compagnie que sous la pression de la Grande-Bretagne et du Canada. Ce dernier fera plus tard l’acquisition de l’immense territoire pour la modique somme d’un million et demi de dollars.
Dans les années 1840, une vision idéalisée du paysage nord-américain, à laquelle correspondait l’expression d’une alliance avec Dieu proposée par les artistes de l’Hudson River School, faisait écho à l’appel vers l’ouest et vers l’extérieur. Pendant les décennies suivantes, on a eu recours à d’autres moyens d’expression stylistique, caractérisés par un zèle visionnaire, voire missionnaire. Le paysage américain s’affirmait comme étant à la fois la révélation de soi et l’accomplissement d’une destinée nationale, dans laquelle les populations autochtones mythologisées ne jouaient aucun rôle ou n’avaient qu’un rôle accessoire, quand elles n’étaient pas perçues comme des obstacles. D’un point de vue thématique, l’exposition explore le cheminement de l’idée de nation au Canada et aux États-Unis tel qu’illustré par la peinture et la photographie de paysage.
Pendant ces soixante années, les artistes canadiens étaient très conscients des mouvements stylistiques et des principaux événements culturels qui avaient cours aux États-Unis et nombre d’entre eux ont été influencés par ces changements. En effet, les œuvres des peintres de l’Hudson, les visites marquantes d’artistes américains comme Robert S. Duncanson, le commerce de l’art rendu accessible à Boston et New York, l’Armory Show de New York et l’exposition de 1913 à Buffalo sur l’art scandinave contemporain ont marqué l’histoire de la peinture au Canada. Mais les peintres canadiens se sont distingués, tant sur le plan esthétique que littéral, par une approche plus intime et moins monumentale du paysage. Leurs toiles étaient en général beaucoup plus petites et ils ne semblaient pas partager le goût des Américains pour les cycloramas et les toiles surdimensionnées. Leur rapport à la nature était également différent. Montréal ayant été le centre de l’activité artistique canadienne durant la deuxième moitié du XIXe siècle, il soufflait dans la métropole un vent d’ouverture aux tendances européennes. En photographie, l’évolution de l’esthétique et la variété des sujets choisis par les artistes américains, depuis les images documentaires prises dans l’Ouest après la guerre de Sécession, ont trouvé plus tard un écho chez les photographes canadiens mandatés par le Canadien Pacifique, tandis que les innovations techniques réalisées par George Eastman, ont élargi les possibilités des photographes des deux pays. Au même moment, le milieu de la photographie indépendante était très actif au Canada, notamment au studio de William Notman et de ses successeurs. L’exposition qui présente et compare les représentations de paysages d’artistes canadiens et américains, qui met en relief les similitudes et les différences propres à l’intention qui sous-tend leurs œuvres, la composition et le style, complémentaires bien que distincts, et qui s’attarde à la place accordée aux sujets, sera certainement une mine précieuse de révélations à propos de ces deux nations.
Pour faciliter l’exploration et l’analyse de ces caractères distinctifs, l’exposition sera divisée en six volets thématiques, qui tout en respectant la chronologie des événements, guideront les visiteurs dans les différents rapports avec la nature observés de part et d’autre de la frontière.
La nature transcendante explore l’idéalisation spirituelle du paysage et le souci du détail qui caractérisent les œuvres des peintres de l’Hudson et de leurs successeurs. Leur style et leur vision ont exercé une influence sur les peintres canadiens et ont continué d’imprégner l’iconographie du paysage jusqu’à la fin du siècle, pour ensuite donner lieu au Luminisme, un style de peinture qui préconisait une évocation plus intériorisée de la nature.
Lieu d’histoire et théâtre du mythe aborde le cadre mythique et historique dans lequel les deux pays projetaient le paysage et y représentaient les populations autochtones. Le paysage servait alors de toile de fond pour forger consciemment des récits, même dans le choix de l’iconographie et le cadrage des images photographiques.
L’homme contre la nature examine les façons dont on a présenté la transformation, l’exploitation et la destruction de la nature au nom du progrès. En général, dans l’iconographie canadienne, les artistes se concentraient sur les défis et les interactions dynamiques entre l’homme et la nature – les photos qui documentaient la construction du chemin de fer transcontinental constituaient à cet égard une exception notable. Les Américains, de leur côté, misaient davantage sur la domination et la maîtrise des obstacles et des forces de la nature par l’homme.
La nature apprivoisée se tourne vers une vision de la nature différente ayant évolué en Amérique du Nord en raison de la grandeur des espaces et de l’importance des villes; la nature est devenue un endroit privilégié où les gens de la ville se rendaient pour se détendre de l’activité stressante des centres urbains, pour se retrouver en tant qu’individus ou pour vivre une expérience idyllique. L’exode rural massif enregistré vers la fin du XIXe siècle et la naissance des mégapoles à travers le continent sont alors devenus des sources d’inspiration pour les photographes et les peintres canadiens et américains.
Le paysage urbain examine comment les artistes ont remplacé l’évocation d’une nature vierge par des images de la ville. En contrepartie, cette nouvelle frontière a aussi eu le pouvoir de rendre les gens captifs d’une existence dévalorisante et déshumanisante.
Retour à la nature permet de redécouvrir l’aspect transcendant de la nature et sa dimension spirituelle dans les paysages d’artistes qui ont adopté le vocabulaire stylistique du XXe siècle – formes abstraites simplifiées aux couleurs vives, où l’activité humaine est réduite, voire inexistante –, pour ainsi redonner à la nature toute sa dimension spirituelle.
L’exposition Grandeur nature est organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal. Elle est présentée à Montréal par la Financière Sun Life. Elle bénéficie du soutien de la Terra Foundation for American Art.
Le Musée tient à souligner l’appui indéfectible de l’Association des bénévoles du Musée des beaux-arts de Montréal. Il remercie également le Conseil des arts de Montréal et le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec pour leur appui constant.
Catalogue
Le catalogue de 320 pages, abondamment illustré, est publié par le Musée des beaux-arts de Montréal, en versions française et anglaise, sous la direction de Hilliard T. Goldfarb, conservateur en chef adjoint du Musée des beaux-arts de Montréal et commissaire de l’exposition. Il comprend des essais rédigés par une équipe de spécialistes, dont Philip Brookman, Brian Foss, François-Marc Gagnon, Hilliard T. Goldfarb, Richard Hill, Lynda Jessup, T.J. Jackson Lears, Rosalind Pepall et Ian Thom. La conception graphique est signée orangetango.
Co-édition et distribution internationale : Somogy Éditions d’art.

Frederic Edwin Church (Hartford 1826 – New York 1900); Les chutes du Niagara, depuis la rive américaine; 1867; Huile sur toile; 260,4 x 231,1 cm; National Gallery of Scotland